Délestage en Côte d’Ivoire
Le lien entre l’eau, l’énergie et l’alimentation n’est pas toujours facile à expliquer. Mais en ce moment, en Côte d’Ivoire, il est aussi clair qu’une journée ensoleillée. En fait, les journées ensoleillées ont été si fréquentes ces derniers temps, et la saison des pluies en conséquence retardée, que le pays connaît un délestage, étant l’arrêt temporaire de la fourniture d’électricité à une partie des clients finaux dans certaines parties du pays, qui impacte fortement sa puissante industrie agro-alimentaire.
Depuis le mois de mai, les habitants d’Abidjan se sont souvent réveillés dans le noir, sans électricité. Pas de lumière, pas de ventilateurs : les Ivoiriens et des Ivoiriennes vivent des mois difficiles depuis que la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) s’est vue obligée de procéder à un délestage électrique pour éviter la saturation du réseau. Pourquoi cela se produit-il ? Nous sommes dans une situation où l’eau, l’énergie et le courant sont plus que jamais liés.
Cette situation est principalement dû à un manque de précipitations qui ont asséché les barrages hydroélectriques, principale source énergétique du pays. En raison d’une saison pluvieuse qui a tardé à arriver, les barrages hydroélectriques sont à risque de se vider, et la Côte d’Ivoire connaît un délestage de son électricité. L’industrie agro-alimentaire tourne donc au ralenti. Au sud-est du pays, les hydroélectriques à Ayamé et à Aboisso sont aujourd’hui presque à sec. A Ayamé, le barrage enregistre une baisse historique du niveau de l’eau de cinq mètres. Les autres barrages du pays ne sont pas en reste : à Kossou, Soubré, Taabo et Buyo, le manque d’eau se fait sentir et limite considérablement la production d’électricité.
Comment la Côte d’Ivoire en est-elle arrivée là?
Tout d’abord, la pluie est arrivée tard dans la région. Sur la zone littorale de la Côte d’Ivoire en particulier, les cumuls pluviométriques étaient inférieurs à la moyenne sur toute la saison. Cette tendance n’est malheureusement pas nouvelle : bien qu’étant un pays traditionnellement humide, la Côte d’Ivoire connait une baisse importante de la pluviométrie depuis quelques années et enregistre une baisse de 9% des précipitations au courant des mois avril-mai. Cela a des répercussions sur le niveau d’eau disponible dans les barrages hydroélectriques, et donc sur la qualité des conditions de vie des Ivoiriens et des Ivoiriennes. D’autant plus qu’en Côte d’Ivoire, si 75% de l’énergie produite provient de centrales thermiques, 25% provient de l’hydroélectricité. Le manque d’eau a donc des conséquences dramatiques sur la production d’électricité dans le pays.
Ainsi, les mois suivants, le niveau des précipitations n’a pas été à la hauteur des espérances. Le mois de juillet sera décisif : de fortes précipitations sont alors attendues, dernier espoir d’une montée des eaux qui mettrait fin aux délestages. S’il n’y avait pas de telles fortes précipitations, l’Etat ivoirien se fournirait auprès des pays de la sous-région. Une mesure annoncée est le rationnement de l’électricité, ce qui veut dire que chaque zone subirait une coupure allant de quatre à six heures par jour.
Le manque de précipitations et les coupures d’électricité qui en résultent affectent aussi bien les ménages que les entreprises. Les Ivoiriens et les Ivoiriennes ne disposent que de 6 heures d’électricité toutes les 48 heures, le tout pendant les périodes de forte chaleur. En conséquence, les habitants sont confrontés à de nombreuses difficultés, notamment pour la conservation des aliments. Privés d’électricité, et donc de frigos, les risques d’intoxication alimentaire augmentent. Le délestage, avec ses surcharges de courant, ses chutes de tension et ses courts-circuits, endommage les appareils et a même provoqué des drames, comme des incendies.
Les effets sur le secteur privé
Au niveau des entreprises, tous les niveaux des chaînes de production sont touchés. Nécessité d’investir dans des groupes électrogènes et de baiser la production, voire d’arrêter de la production.Les délestages entraînent une perte importante de chiffre d’affaires. L’industrie alimentaire n’est pas en reste, comme le témoigne Nangban Degni Seri, la Directrice de notre organisation partenaire Africa Foodies Industries : « Le délestage réduit notre capacité de production et augmente les pertes en fruits, puisque les frigidaires sont souvent éteints ». La production et la transformation des aliments sont ainsi impactés. La distribution aussi ne peut pas se dérouler normalement, les supermarchés ne pouvant pas recevoir leurs clients et devant faire face à de nombreux surcoûts pour conserver les aliments. Cette crise de l’électricité pèse énormément sur la sécurité alimentaire des Ivoiriens.
Mais la crise énergétique représente aussi une grande opportunité pour le pays, c’est-à-dire une fenêtre d’opportunité pour accélérer la transition vers les énergies renouvelables et un mix énergétique encore plus équilibré et vert. Par ailleurs, le débat public sur la disponibilité et le partage de l’eau entre les usages dans un pays qui connaît traditionnellement, une abondante disponibilité en eau, surtout dans le sud et le centre, devient d’actualité. Reste à savoir si et comment l’industrie agro-alimentaire du pays, puissante et prospère, contribuera à cette transition, en reconnaissant plus que jamais le lien étroit entre l’eau, l’énergie et l’alimentation.
Sources:
Kouadi, JB (2021). Crise énergétique en Côte d’Ivoire : Des fonds aux chercheurs pour développer l’énergie solaire. [online] Abidjan.net. Available at: https://news.abidjan.net/h/692518.html [Accessed 6 Jul. 2021].
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Ouest-France (2021). En Côte d’Ivoire, la pluie comme remède aux coupures de courant. [online] Ouest-France.fr. Available at: https://www.ouest-france.fr/economie/en-cote-d-ivoire-la-pluie-comme-remede-aux-coupures-de-courant-7291231 [Accessed 6 Jul. 2021].
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